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 Childish War ∞ Aaron

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MessageSujet: Childish War ∞ Aaron   Dim 4 Juin 2017 - 21:39


Uzume. Un district où s'entremêlent frivolité naïve et débauche ostentatoire. Dès l'aube pourtant, les rues deviennent mornes. Le vide, le rien, le silence au travers de boulevards déserts, en occultant bien sûr la vieille peau qu'tu peux croiser de temps en temps, en train de promener son clébard asthmatique. L'atmosphère est apathique, le sentiment est alourdi par la chaleur qui frappe sur nos têtes, tandis que nos corps sont en proies à l'humidité stagnante. Je n'apprécie pas particulièrement ce quartier. J'préfère déambuler dans les p'tits coins de Koyane ou bien dans les ruelles malfamées d'Inazami, jouant avec les deux extrêmes de la société : les criminels et les bourgeois qui fourmillent çà et là. Je porte un masque, m'immisce sans mal au sein de ces deux milieux diamétralement opposés, j'me pare de faux-semblants et d'un langage qui n'est pas vraiment le mien. Je serais qui tu voudras. Le pauvre petit orphelin, le prodige de la musique, la pourriture des bas-fonds urbains, chacun choisit ce qu'il veut bien daigner déceler en ma piètre personne. Le misanthrope, le fêtard, le chaton égaré, le loup solitaire, ou simplement le mec paumé qui a délaissé ses études comme un ado arriéré, sans envisager d'avenir stable.

Ce soir, tu pourras dire que j'suis un fêtard. Si Uzume est un quartier mort en journée, c'est une tout autre histoire la nuit tombée. Les rues s'illuminent, les restaurants ouvrent leurs portes et les habitants se préparent à la vie nocturne, on se croirait dans les quartiers festifs de Tokyo. Les lumières jaillissent, explosent d'une enseigne à l'autre pour attirer les clients avides de consommation, de divertissement, d'égarement. Avides de tout. Les bars se remplissent, Uzume s'éveille, les premières notes de musique sont jetées dans l'air et les premières coupes de saké sont ingurgitées. Les conversations se mêlent en un brouhaha inaudible, les rues sont pleines de gens bourrés bloquant la circulation, et je ne peux que constater ce tourbillon de vie qui déferle effroyablement. C'est bruyant.

Il y a du monde, ça se bouscule. On me bouscule. Moi, avec mon mètre quatre-vingt-six et ma tronche à faire flipper un cadavre, le grognement grouillant dans ma gorge et mes prunelles bleu foncé lorgnant les environs. Une épaule me heurte, je ne réagis pas, trop absorbé par le spectacle fascinant d'un millier de fourmis nippones qui voguent d'un coin à l'autre de la grande place, dans un flot d'ombres intarissable. Mon poing est refermé sur une bouteille de bière à demi entamée, ballotée de droite à gauche par ma marche tranquille, presque insouciante. J'ai toujours aimé ce genre d'ambiance. L'effervescence fébrile et la frénésie inextinguible qui anime cette bande de gens font que personne ne prête attention à moi. J'peux profiter du bruit ambiant, des lumières éblouissantes et de la musique assourdissante en me bourrant la gueule et ce, sans être importuné par un vil connard sorti de nulle part pour bien me les briser. Ce soir, pas d'interlocuteur forcé. Je me fais spectateur de la débauche lamentable mais attendrissante, un doux sourire aux lèvres.

Sauf que ce genre de moments ne dure pas. Vous savez, à Uzume, les flics se prennent pour des cow-boys. La dernière fois que j'ai foutu le bordel ici - souvenez-vous, j'ai presque tabassé à mort l'ex d'Asae -, j'ai dû me barrer vite fait bien fait avec l'otarie sous le bras, pour pas m'faire choper par les poulets. Ce district est propice à toutes les dérives, alors la police rôde souvent pour faire le ménage. Oh, ça n'empêche pas les jeunes de vendre de la drogue hein, ou bien de s'agresser mutuellement à trois heures du mat', quand les esprits sont complètement stones et shootés à l'ecsta'.

Et aujourd'hui non plus, ça ne loupe pas. J'vois débarquer au loin quelques messieurs en uniforme, détonnant des visages juvéniles et des regards hagards de déchets déjà sous le joug de l'ivresse. Dans un soupir consterné, je laisse ma bouteille de bière m'échapper des mains, suivant sa chute inexorable sur le bitume où elle se pulvérise sans bruit. Sans bruit car happé par les cris de la foule. Visiblement, ça se bagarre à une centaine de mètres de moi. Curieux de ce qui se trame, et surtout très inconscient de m'approcher ainsi des flics alors que je suis un tueur à gages, je me fraye un chemin jusqu'au vif de l'action. Je bouscule sans ménagement, pousse, écarte les malheureuses personnes sur mon passage, mes yeux orageux s'accrochant solidement à l'objet de ma lubie actuelle.

Il fait chaud, la sueur perle le long de ma tempe dans un sillon languissant. La testostérone en suspension dans l'air mêlé à l'agitation générale confère une atmosphère soudain lourde, alors que mon regard se pose enfin sur l'affrontement ridicule d'un groupe de Japonais déraisonnés. Et voilà. Mon côté solitaire reprend le dessus, j'étouffe déjà dans ce trop-plein de cognitions en activité qui se heurtent ou qui se toisent, faut que j'me casse, y'a rien d'intéressant ici. Enjambant le corps inerte d'un gros con pas foutu de se battre correctement, je rajuste mon sweat d'un mouvement rageur, me dirigeant vers le mur de forces de l'ordre délimitant la foule. Je fulmine séditieusement, le soupir au bord des lèvres, et l'extirpe finalement en un souffle bruyant lorsqu'un poulet décide de me bloquer le passage. J'ai failli lui foncer dedans, putain de merde. Je recule d'un pas, levant la tête vers l'odieux enfoiré qui ne daigne pas bouger ses grosses fesses de là, réprimant le grognement agacé qui menace de surgir, poussé par ma patience qui s'effrite.

Et c'est là que je croise son regard. Son regard, à Lui, mais comme je ne connais pas son prénom, on va l'appeler Le Chieur. Je bug pendant une seconde, estomaqué de le croiser ici, et surtout hein disons-le, je ne suis absolument pas préparé psychologiquement à lui faire face maintenant. D'ordinaire c'est moi qui l'attire là où je veux, en provoquant un tapage monstre afin de titiller ses nerfs, c'est moi qui engendre nos rencontres, c'est moi qui aie le contrôle. Là, je. Je suis pris de court. Je ne connais pas Uzume. Je ne suis pas à l'aise dans la foule. Et pour couronner le tout... y a des flics partout.

Quand je réalise que je suis dans une merde noire et ô combien profonde, mes yeux s'écarquillent un brin, ma bouche s'entrouvrant en un petit " o " ahuri. Ça ne dure que deux secondes, le temps pour moi de m'imaginer en train de crever en prison après m'être fait choper par cette teigne. Une seconde d'égarement sourd et d'hésitations qui s'entrechoquent, où les sons s'amenuisent et se brouillent, avant qu'un petit "oups" ne franchit mes lèvres et que, dans la seconde suivante, mon corps ne fasse une impulsion vers l'arrière. Volte-face, et, et... ET SAUVE QUI PEUT.

J'vous raconterais après les détails, j'vous dirais comment je le connais et pourquoi je fuis comme un lapin, hein, promis, mais d'abord je dois sauver ma peau. Je cours, poussant les gens avec brutalité, traversant la foule à grandes enjambées tout en crachant des insultes dans ma langue maternelle. Le Chieur se voit affublé de toutes les insanités possibles, alors que je pique un sprint qui m'extirpe de cet amas de personnes, me propulsant vers les rues Akai. Mon souffle explose dans l'air humide, mes rangers martèlent le sol, et je remercie un Dieu incongru de m'avoir attribué un certain talent dans la course à pied. Vraiment. Merci de m'avoir livré dans un packaging de rêve.

Je tente de m'engouffrer dans des rues plus sombres, afin qu'il perde ma trace, mais mes poumons commencent à me faire souffrir monstrueusement, rendant mes inspirations toujours un peu plus laborieuses à chaque enjambée précipitée. Foutue clope. Je me hais.

Ce qui devait arriva, hein. Fin du suspense. Un cul-de-sac, comme dans les films. La rue est large alors j'ai cru possible de m'enfuir par le garage à demi ouvert, sauf que non. Je ne peux pas faire demi-tour, pas maintenant et surtout pas dans cet état, prêt à vomir mes poumons... Je suis essoufflé. Je n'en peux plus. Alors je me mets à tousser, tousser et tousser encore pour soulager la douleur. Ça marche, un peu. Mais Le Chieur est là. Devant moi. J'suis fait comme un rat.

La lune me nargue, la chaleur m'achève. Et moi je le regarde en souriant innocemment, l'air de rien. L'air de tout.

J'ai rien fait m'sieur l'agent.

Parce que c'est tout à fait normal de s'enfuir en courant, quand on est innocent.
N'est-ce pas, mh... ?

~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~

mon coeur est passé sous le métro. #384C83 " Je fais ce que je peux. Avec mes silences et le reste. Avec mes peurs de bête. Avec mes cris d'enfant qui ne débordent plus. Je fais ce que je peux. Dans ce petit bain de cruauté et de lumière. Dans les éclats de verres et de mensonge. Dans la délicatesse. Dans la violence du temps qui piétine nos rêves. Dans nos petits pataugements précieux. Un matin après l'autre. Un oubli après l'autre. Un mot sur le suivant. Je fais comme tout le monde. Avec le ciel et sans les dieux."
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MessageSujet: Re: Childish War ∞ Aaron   Lun 5 Juin 2017 - 15:09


- Deux minutes, Capone. Deux minutes.

Et ce n’est pas parce qu’on m’engueule que je vais accélérer. Cette boule de poils, pendant longtemps la seule créature à oser me tenir tête, doit apprendre que c’est toujours le flic qui gagne, à la fin. J’ai pensé un temps à le rebaptiser, maintenant que je me suis trouvé un vrai adversaire à ma mesure, mais ce nom convient mieux au chat obèse qui larve sur mon radiateur qu’à la canaille de vingt et quelques piges qui me fait tourner en bourrique dans les ruelles d’Inazami.

Finalement, je ne regrette pas d’avoir été affecté à Uzume. Au début, j’aurais préféré le quartier vraiment malfamé de la ville, celui où règne une réelle délinquance et pas juste des fêtards bourrés qui s’embrouillent pour un regard de travers puis finalement, j’ai réalisé que ce n’est pas plus mal, de distinguer le travail et le plaisir. Même si le plaisir, ces dernières semaines, a plutôt viré à la mauvaise blague. Mais je l’aurai. Tôt ou tard. Et il va le sentir.

Je finis donc d’enfiler mon uniforme, sourd aux miaulements impérieux de Capone. Seulement une fois que j’ai fini de nouer ma cravate, je vais lui donner quelques croquettes, qu’il dévore sans me remercier. La politesse n’est pas son fort mais il faut lui reconnaître un certain sens de la loyauté. Ses offrandes régulières de moineaux ou pigeons prouvent qu’il me reconnaît en tant que maître et rien que ça le rend plus intelligent que bien des humains. Trop d’entre eux sont bouffés par leur suffisance et refusent d’admettre la supériorité d’un de leurs semblables même quand elle leur crève les yeux.

Une heure plus tard, je suis en tenue complète, mon torse moulé dans un gilet pare-balle et le ceinturon autour des hanches, et je déambule dans les rues envahies de noctambules plus ou moins lucides. Mon partenaire, Kudo, me jette un regard en coin. Il n’aime pas le sourire que j’arbore en cet instant, je le sais parfaitement : il me l’a déjà dit plus d’une fois. Mais je ne le quitte pas pour autant, je n’y arrive pas. Il me vient tout naturellement quand je suis dans ce quartier à cette heure. Je vois l’humanité sous son vrai visage : une masse indistincte, faite d’individus très différents à première vue mais finalement plus semblables qu’ils ne veulent le croire, qui choisit d’un même mouvement de se perdre dans une transe oublieuse comme pour ne pas voir toutes les opportunités que la vie leur offre mais qu’ils n’ont pas le courage de saisir. La journée, larbins suant dans des gratte-ciels de Koyane ; le soir, zombies décérébrés hantant les débits de boisson en tous genres d’Uzume.

Finalement, au milieu de cette mélasse, les plus intelligents restent ceux qui en profitaient, conscients et cyniques : les propriétaires de bars ou de boîtes de nuit, les vendeurs de drogue. On les reconnaît facilement, au milieu de la foule : ils regardent autour d’eux avec un sourire supérieur, carnassier, sans doute pas bien éloigné du mien. Nous voyons tous, autour de nous, nos esclaves, avérés ou potentiels. Impossible de ne pas en tirer une certaine satisfaction.

Un peu d’animation : une autre équipe nous appelle en renfort sur une bataille de rue qui prend de l’ampleur. Comme d’habitude, mon arrivée aide grandement à calmer les choses : même avec quelques grammes dans le sang, la grande majorité des Japonais, si courts sur patte, reconnaissent qu’ils ne peuvent rien contre moi. En quelques minutes, c’est réglé. Un des pugilistes git au sol, assommé par les coups échangés ou par un verre de trop. Je soupire. Malheureusement, l’honneur des forces de l’ordre nippones veut que je m’enquière de l’état de santé de ce citoyen. Je me dirige donc vers lui quand, enfin, ma soirée devient vraiment intéressante.

Je le reconnais immédiatement. Son visage me hante toutes les nuits depuis des semaines, je me sens pire qu’une donzelle qui en pincerait pour lui. Plus d’une fois, j’ai même cru le voir dans une foule avant de me rendre compte que ce n’était qu’un banal touriste. Mais ce soir, je ne me trompe pas. Il enjambe le type avec un dédain flagrant (ce n’est pas moi qui le blâmerai pour ça) et se dirige droit vers moi. Je ne le compterai pas dans les zombies, lui, et pourtant son regard outremer semble loin du monde, traverser les gens et leur misère intellectuelle avec désespoir et dégoût. Je le laisse venir à moi. J’aurais cru qu’il m’aurait repéré de loin : ce n’est pas comme si j’essayais de me cacher ou qu’on pouvait me rater. Pourtant, il me fonce presque dedans. Il s’arrête brusquement au dernier moment, fait un pas en arrière puis lève, enfin, le regard vers moi.

Les secondes qui suivent, je les savoure avec délectation. Cet air ahuri, cette légère peur que je vois sur ses traits, voilà ce que j’attends depuis notre première rencontre. Et là, enfin, ils apparaissent. Pour un court instant, il est à ma merci. Cela ne dure pas, bien sûr : il a tôt fait de retrouver ses esprits et de déguerpir, comme à son habitude. Sauf que cette fois, je pars avec moins de retard et surtout, j’ai l’avantage du terrain. Ces rues, je les parcoure à longueur de journée, pour mon travail ou ma vie quotidienne. Et lui, j’ose croire que sa zone de confort est plutôt confinée à Inazami. En tout cas, ce serait très injuste qu’il connaisse tout Kobe par cœur.

Séparer la bagarre a fait monter mon adrénaline, juste assez pour que je parte immédiatement à mon meilleur niveau. Sans cette satanée foule, j’aurais pu être sur lui en un rien de temps. Là, il réussit à prendre un peu d’avance et il profite de la distance entre nous pour m’insulter copieusement. J’aurais bien envie de lui rendre la pareille mais tant que je suis en uniforme, j’ai une certaine image à assumer. Enfin, nous débouchons dans des artères moins fréquentées et je peux de nouveau avoir un bon visuel. Il est en forme, le bougre, mais je tiens la distance. J’ai intensifié mes joggings, depuis notre première rencontre, et cela commence à porter ses fruits.

Il tourne dans une première ruelle, puis une deuxième, et une troisième. Je m’accroche à lui comme un junkie à sa dose de meth. Et enfin, après son énième changement de direction, je laisse échapper un cri de victoire. Ce con s’est enfilé dans une impasse. Il va se retrouver nez-à-nez avec un mur, il ne va rien comprendre. Je cours jusqu’à l’entrée du cul-de-sac mais m’arrête avant de m’y engouffrer. Il est fait comme un rat, alors pourquoi se presser ? J’avance lentement, faisant claquer le talon de mes bottes sur le bitume cabossé. Le voir enfin immobile devant moi, plié en deux pour cracher ses poumons, fait réapparaître mon sourire. Je le tiens, ce salaud.

- J’ai rien fait, m’sieur l’agent.

Je ricane à peine. Pas une once de peur dans sa voix, plutôt une bravade. Vas-y, mon grand, fanfaronne tant que tu peux.

- Au cours des deux dernières heures, tu veux dire ? Bien, je suis fier de toi, réponds-je en anglais, moqueur et condescendant. Mais dans l’absolu, pas sûr que le gars du baril soit d’accord. Tu te souviens, ton petit feu de joie, la première fois qu’on s’est croisés ?

Je m’arrête à moins de deux mètres de lui, décidé à profiter de la moindre fraction de seconde de ce moment quasi historique.

- Et sinon, ta manie de me faire courir dès que tu m’aperçois, c’est parce que tu es timide ? continué-je, cette fois plus doucereux.

Vas-y, dis-le : dis-le, que tu ne voulais pas que je te mette la main dessus, alors que c’est justement ce qui est en train d’arriver. Fais-moi ce plaisir.
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MessageSujet: Re: Childish War ∞ Aaron   Lun 5 Juin 2017 - 20:58


Mon souffle erratique se jette désespérément hors de mes lèvres entrouvertes. C'est bien beau de faire le malin, un sourire à la con imprimé contre ma face, mais je sais pertinemment que je suis dans la merde et que je n'ai aucun foutu moyen de m'en sortir. Vraiment. Je vois pas comment je pourrais me carapater d'ici sans devoir me confronter à cet individu plus grand - et sans doute plus fort - que moi. De toute façon, que je tente de fuir ou pas, j'sais que je vais me prendre une droite et pourquoi pas une gauche, hein, et que j'serais juste bon pour aller morfler chez le dentiste de la prison où on va m'jeter. Quoique. Ils ont des dentistes, en taule ?

En vrai je rigole, mais ça me fait pas rire du tout. Je me sens ratatiné. Écrasé. Il est là, un petit rictus suffisant relevant la commissure de ses lèvres, avec sa dégaine parfaite et sa prestance indescriptible, et Dieu que ça m'horripile. Moi, moi... Moi j'ai les épaules un peu voutées, la gueule à l'arrache, j'porte un sweat trop grand pour moi et j'ai des ecchymoses qui jonchent mes p'tites mimines de délinquant. Il me fait me sentir pathétique. Alors, plus que troublé, j'admets que je n'en mène pas large ouais.

Au cours des deux dernières heures, tu veux dire ? Bien, je suis fier de toi. Mais dans l’absolu, pas sûr que le gars du baril soit d’accord. Tu te souviens, ton petit feu de joie, la première fois qu’on s’est croisés ?

Oh, de l'anglais. Ça a le mérite de faire éclater sur mon visage un sourire presque sincère, et je prends conscience que c'est la toute première fois que j'entends véritablement sa voix. Aussi grave que la mienne, mais assurément plus... vivante. Ma locution est traînante, comme si la lassitude alourdissait chacun de mes mots ; rien à voir avec l'assurance débordant des siens.

Je détourne le regard, le laissant vagabonder tout autour de moi en cultivant l'espoir tacite qu'un objet puisse me servir d'arme. Quoi que ce soit, même une poubelle, s'il vous plaît... Je la lui jetterais dans la gueule et abîmerais ainsi son joli uniforme, profitant de la fraction de seconde à ma disposition pour me barrer d'ici le plus vite possible, repassant par la foule, disparaissant dans ce flot d'ingénus en agitation. Sauf que j'ai beau regarder, la rue est vide. Vide comme la cellule où j'vais pourrir pendant le reste de mon existence de merde, et ça, c'est entièrement de ma faute. Voilà ce qui arrive quand on provoque un flic témoin d'un meurtre, hein, mais quel con putain, quel con j'peux faire !

Mes incisives se plantent dans ma lèvre inférieure dans une pulsion hargneuse. C'est frustrant d'être aussi impuissant de son propre sort. Je finis par lancer, d'une voix déjà exaspérée :

Donc s'faire un p'tit barbecue nocturne, c'est un crime ?

Il s'arrête non loin de moi, et à cet instant je dois fournir un effort monstrueux pour ne pas reculer. Mes yeux bleus se plantent dans les siens, je lui tiens tête avec toute l'indolence du monde, crachant mon mépris à sa figure avec la seule force de ma moue terriblement orgueilleuse.

Et sinon, ta manie de me faire courir dès que tu m’aperçois, c’est parce que tu es timide ?

Je lève les yeux au ciel, plus qu'irrité par son arrogance. Je l'évite uniquement parce que j'tiens à ma p'tite liberté, et à mon quotidien de malfrat aliéné. Enfin, "je l'évite"... Pas vraiment. C'est moi qui cherche à le voir, demeurant sur les lieux de mon méfait pour espérer le voir accourir, et surtout me demande pas pourquoi. Je sais pas. Il m'intrigue. En temps normal, je serais spontanément venu lui taper la discut', ou bien j'aurais cherché la bagarre pour tester la force de ce curieux spécimen. Mais vu comment il s'acharne à me courir après, nul doute que sa seule motivation est de me traîner au commissariat, non sans m'avoir passé à tabac avant.

J'aime pas vraiment fréquenter les chiens du gouvernement, en fait.

Foncièrement vrai. Et la trouille que je ressens, elle est foncièrement vraie aussi j't'assure. Pourtant, je ne laisse rien paraître. J'ai l'air blasé, détaché, peu concerné par la situation dans laquelle je suis empêtré. J'amorce un mouvement, tuant mes hésitations, comblant la distance en effectuant deux pas vers lui, mon regard chargé de dédain toujours rivé dans le sien.

Bon, on fait quoi du coup ? Tu m'passes les menottes maintenant, ou t'attends que j't'en mette une pour pouvoir te défouler sur moi en prétextant la légitime défense, mh ?

J'ai l'air moqueur, et oui j'arrive à l'être, malgré les événements peu favorables qui me tombent sur le coin de la gueule. Le fameux flegme anglais, ouais.

Je souris, résolument convaincu que j'arriverais à m'en sortir d'une manière ou d'une autre. Je vais trouver une solution, tu verras. Y'a toujours une solution. Même pour les pourritures comme moi.


~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~

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MessageSujet: Re: Childish War ∞ Aaron   Mer 7 Juin 2017 - 0:08


Au moins, mon anglais a l’avantage de le faire sourire. Son visage se détend durant un court instant, le temps de me faire la réflexion qu’il n’est pas si laid, quand il ne froisse pas ses traits en une expression de chien dangereux. Puis c’est reparti, il perd toute expression aimable et semble de nouveau prêt à me mordre. Faudrait que je me méfie. Si un clébard me regardait avec des yeux comme ça, je me dirais qu’il doit avoir la rage.

Un p’tit barbecue… Ben voyons, prends-moi pour un con. Mais d’un autre côté, je l’ai bien cherché. Je m’attendais à quoi ? À ce qu’il fonde en larmes, tombe à genou et m’avoue spontanément tous ses crimes depuis la première fois qu’il a piqué son jouet à un camarade de crèche ? Il est très mal barré mais s’il était totalement dépourvu de nerfs, il ne ferait pas ce métier. Sa réponse suivante, dans la même veine, m'arrache un court ricanement. À quel animal je pensais, déjà, il y a quelques secondes ?

- J'aime pas vraiment fréquenter les chiens du gouvernement, en fait.

- Ça tombe bien : moi non plus, réponds-je du tac-au-tac. Ils ont appris à aboyer en rythme mais ont oublié comment mordre.

Et j’élargis mon sourire, découvrant mes dents. Le message est clair : « Moi, je me souviens comment on fait. Je me souviens même très bien. »

Je donnerais cher pour savoir ce qui se passe dans sa tête, en cet instant. Pour lui, c’était sans doute un jeu, ces dernières semaines. Seulement, ce soir, il vient de capter que je suis flic et qu’il joue bien plus gros qu’il ne pensait. Si jamais je lui mets la main dessus, il ne risque pas seulement un passage à tabac, le genre de chose qu’il a déjà dû subir – et infliger – plus d’une fois dans sa petite vie de malfrat : il joue une bonne partie de son futur. Je ne me suis pas penché sur le contenu exact des dossiers, je n’ai aucune idée de ce qu’on a exactement contre lui mais si quelqu’un cherche, j’imagine qu’il pourrait trouver de quoi l’envoyer à l’ombre un petit moment. Ne serait-ce que grâce à mon témoignage.

Il s’avance de deux pas vers moi, les yeux plantés dans les miens. Il a le choix entre m’implorer et jouer les gros bras, il a pris la seconde option. Excellente idée. C’est bien plus marrant comme ça : rien ne me fera plus plaisir que le voir se débattre pendant que je lui ferai payer le prix des courses de ces dernières semaines.

- Bon, on fait quoi du coup ? Tu m'passes les menottes maintenant, ou t'attends que j't'en mette une pour pouvoir te défouler sur moi en prétextant la légitime défense, mh ?

Ça, c’est une provocation ou je ne m’y connais pas. Il s’attend sans doute à un crochet du droit, comme réponse, mais je préfère la jouer un peu plus subtile. Pour le moment.

- Faut voir… dis-je d’un ton exagérément songeur.

Toujours incapable de me séparer de ce sourire de conquérant, je prends quelques secondes pour observer tout son visage : son grand front barré de mèches noires, ses sourcils broussailleux, ses yeux bleus qui me hantent, ses pommettes, ses lèvres… Ce regard intense, lorsqu’il glisse sur elles, fait immanquablement rougir les filles, aussi prends-je grand soin, face à elles, de toujours le faire suivre d’un sourire de gentleman. Mais avec ce gars, pas besoin de l’adoucir. Au contraire : je m’approche même pour lui saisir le menton et lui tourner de force le visage, vers la gauche puis vers la droite, comme si je voulais l’examiner sous toutes les coutures.

- Ça dépend d’à quel point tu tiens à ton joli minois. Et de si tu veux être présentable quand tu rencontreras tes nouveaux copains.

« Joli minois »… D’où j’ai tiré une telle expression ? Ce n’est pas vraiment les premiers mots qui viennent à l’esprit quand on regarde un grand gaillard de son âge, surtout quand il fait une tête comme lui. Mais il y a quelque chose… je sais pas, quelque chose de presque féminin chez lui. Pas dans ses traits, non, plutôt… J’arrive pas à mettre le doigt dessus, mais ça viendra. En tout cas, même en lâchant son menton pour m’éloigner de nouveau d’un pas et le regarder d’un peu plus loin,  je trouve qu’après tout, le terme de « joli minois » lui va bien. Même si lui, ça m’étonnerait qu’il apprécie.
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MessageSujet: Re: Childish War ∞ Aaron   Mer 7 Juin 2017 - 20:27


D'ordinaire, je vous assure que j'aurais déjà pété un câble face à ce sourire exaspérant par sa redondance et sa condescendance. Les poings serrés, les sourcils froncés et la colère explosant au creux de mon ventre, broyant ma raison, je me serais jeté sur lui. Mais au lieu d'être offusqué par son comportement et d'agir ainsi, je me plonge dans une passivité étonnante. Ce sourire, je le connais bien. Je l'ai déjà vu mille fois sur les lèvres de Jake, tantôt railleur et mesquin, tantôt impérieux et inquiétant. Le despote arbore toujours cette expression joviale, même quand il parle de brûler des églises. À force de le fréquenter, j'ai appris à occulter sa tronche de psychopathe ainsi que ses pulsions de prince aliéné, et voir ce policier sourire en se targuant de savoir mordre n'engendre aucune réaction de ma part, si ce n'est un haussement de sourcils dubitatif.

En revanche, s'il y a bien une chose que je ne supporte pas, c'est qu'on me touche. Et après quelques secondes de flottement où chacun s'appliquait à observer l'autre, cet enfoiré décide de poser ses sales pattes sur moi. Ses doigts sur les contours de mon menton m'arrachent un frisson désagréable, faisant naître une grimace écœurée sur mon visage hâlé. Non, franchement. JE DÉTESTE qu'on me touche, rien que de m'effleurer le bras me provoque une sensation de dégoût, c'est juste argh... non, j'supporte pas. Se taper dessus, ok hein, je suis pas contre. Les coups de poings, de pieds, de genoux, de coudes et de tête, pas de soucis. Mais un simple contact physique, c'est inconfortable, ça me met hors de moi. Genre... Là, j'ai qu'une envie, lui arracher la gueule et aller nettoyer mon visage trois fois sous l'eau brûlante en utilisant deux gros blocs de savon. M'demande pas pourquoi, c'est viscéral.

Ça dépend d’à quel point tu tiens à ton joli minois. Et de si tu veux être présentable quand tu rencontreras tes nouveaux copains.

Oh putain, il va s'en prendre une, j'te jure qu'il va rien comprendre à sa vie. Tch.
Quand il me lâche, je viens frotter mon menton avec la manche de mon sweat, comme pour débarbouiller ma face d'une saleté récalcitrante. Passons sur le fait que ce mec est une pourriture ambulante, mh, et qu'il s'applique à vouloir conserver l'ascendant sur moi, certainement désireux de se venger de tous les footings forcés que je lui ai infligé. Soit. Être présentable ? Je m'en branle complètement, il ne frappera jamais assez fort que les gars qui m'ont laissé pour mort, c'pas ça qui m'rend si morne.

La seule chose qui m'fait chier là, c'est de finir en prison. La gueule en sang ou les jambes pétées, c'est le dernier de mes soucis. On va me couper les ailes, m'arracher ma liberté, alors qu'c'est bien la dernière chose que j'peux me vanter de posséder dans mon existence de merde. Oh mais j'savais que j'allais clamser en taule, j'savais que j'allais pas dépasser les trente piges après avoir commis tous ces méfaits, après des années passées à m'esquinter. Seulement... Je t'avoue que j'pensais pas que ce serait Le Chieur qui me mette derrière les barreaux. J'pensais pouvoir passer entre les mailles du filet encore quelques années puis mourir comme un déchet, en m'attaquant à plus fort que moi. Une p'tite balle dans la tête et mon cadavre qui tombe dans l'oubli. La boucle bouclée, haha.

Mh, laisse-moi réfléchir.

Mes yeux s'accrochent une seconde sur l'estampe étoilée qui nous surplombe, contemplant distraitement le toit du monde, tandis que ma tête se penche en une fausse moue pensive. La seconde d'après, je lui envoie mon poing dans la figure. Cette main refermée dans un poing déterminé, sous l'impulsion pugnace et hargneuse de mon désir de liberté, s'est abattue contre sa mâchoire avec une force brute, perforant la chair fragile de sa lèvre inférieure. Parce qu'il est hors de question que je le laisse me condamner à l'ombre sans rien faire. Parce que s'il veut me blesser, je vais me battre jusqu'à ce qu'il soit aussi éclaté que moi, et qu'il ne parvienne même plus à reconnaître son propre reflet dans le miroir.

Je ricane, fais exploser une hilarité aussi démente que prompt, secouant ma main engourdie par le coup porté, crachant avec insolence cette compassion factice qui me caractérise :

Ohh, j'ai abîmé ton beau sourire, c'est à cause du vent hein j'ai glissé, tu m'excuseras.

Peut-être mon coup de poing était-il prévisible, mais peu importe ; ça m'a fait un bien fou.
Le sourire aux lèvres, je rajuste négligemment le sweat trop grand qui s'évertue à tomber d'une de mes épaules. Et puis je poursuis, cette fois plus sérieux, un air de défi se mêlant à mon timbre chaud :

Reprends-toi voyons, si j'arrive à me carapater j'te jure que tu ne me reverras plus jamais.

J'vais juste disparaître, attendre qu'il se trouve un autre jouet, qu'il se désintéresse de moi. Il finira par me lâcher, j'veux dire, lui et son regard de dégénéré, sa voix, et surtout son sourire omniprésent. Je finirai par oublier, et je passerai ainsi des nuits plus tranquilles, sans ruminer jusqu'à quatre heures du mat' pour espérer jarter son odieux faciès de mon esprit.

~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~

mon coeur est passé sous le métro. #384C83 " Je fais ce que je peux. Avec mes silences et le reste. Avec mes peurs de bête. Avec mes cris d'enfant qui ne débordent plus. Je fais ce que je peux. Dans ce petit bain de cruauté et de lumière. Dans les éclats de verres et de mensonge. Dans la délicatesse. Dans la violence du temps qui piétine nos rêves. Dans nos petits pataugements précieux. Un matin après l'autre. Un oubli après l'autre. Un mot sur le suivant. Je fais comme tout le monde. Avec le ciel et sans les dieux."
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MessageSujet: Re: Childish War ∞ Aaron   Sam 10 Juin 2017 - 11:11

Merde, j’ai été con… Et le pire, c’est qu’il m’a fallu quelques secondes pour m’en rendre compte. J’étais tellement occupé à goûter mes propres mots que je ne l’ai pas vu – ou plutôt, je l’ai vu sans y penser – se frotter le menton avec un geste presque dégoûté. Je n’ai pas vu son poing se serrer et partir à grande vitesse, je n’ai pu que le sentir quand il est venu me cueillir au coin de la bouche.

Sous la violence du coup, je vacille, je dois faire deux pas en arrière et me ramasser sur moi-même pour rester sur mes pieds. Instinctivement, mes muscles se tendent et mon poing droit se serre alors que mes pensées deviennent erratiques. Mon crâne est parcouru par une onde de choc, que son rire vient entretenir. Un rire saccadé dont je n’arrive pas à savoir s’il est spontané ou forcé. Ma tête résonne comme une cloche pendant deux bonnes secondes. Je l’entends dire quelque chose mais ne saisit pas vraiment… Sourire, vent ? Hein ? Peu importe. Là, je suis en train de résister à l’envie de lui rendre la pareille.

Je ne veux pas me battre avec lui. Enfin, si : là, tout de suite, rien ne me ferait plus plaisir que me jeter sur lui, le plaquer sous mon poids et lui asséner une pluie de coups comme il n’en a jamais connue. Je veux laver cet affront, évacuer ma honte. Mais je le frapperais, le frapperais, frapperais encore, et après ? Si je réussis à me contrôler et à le laisser en vie, il me détestera plus encore que maintenant, si c’est possible, mais rien n’aura vraiment changé. Il n’y a que les petits caïds du quartier où j’ai grandi, des fils à papa sans rien dans le ventre, pour craindre un homme simplement parce qu’il cogne plus fort qu’eux. Je l’ai bien vu, à l’armée : il y a beaucoup d’autres moyens que les poings pour établir son ascendant sur quelqu’un. (Parce que oui, à l’armée, on nous serine de beaux discours sur la fraternité, tous solidaires face au même ennemi, etcetera, mais au final, enfermez des hommes dans une boîte de conserve flottante et ils finiront par recréer une hiérarchie, et pas forcément celle indiquée par les insignes.) Et c’est ça, que je veux : avoir l’ascendant, le dominer. Je veux voir dans ses yeux la défaite, l’humiliation, la peur, et plus cet air de défi insolent.

Et surtout, je ne veux pas que notre face-à-face tourne au pugilat, à la banale empoignade. Il m’a appâté, m’a fait miroité quelque chose de plus intéressant, ce n’est pas pour redevenir comme le premier truand venu dès que les choses sérieuses commencent. Des voyous que j’attrape, tabasse et abandonne dans une ruelle sans trop y penser, il y en a déjà eu. Lui, il m’a fait croire qu’il existait quelqu’un digne de mon attention, alors j’espère bien qu’il va tenir ce rang.

Je lève la main pour masser ma mâchoire douloureuse. Il n’y est pas allé de main morte, le con. Je sens même quelque chose d’humide et collant sous mes doigts, sur ma lèvre inférieure. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu mon propre sang, c’est une impression… étrange. Il y a quelque chose d’à la fois vexant et rassurant à voir qu’il y a une caractéristique, au moins une, qui reste parfaitement immuable d’un humain à un autre, de la plus vile sous-merde au plus grand des héros, et que même nous nous la partageons : ce liquide qui coule dans nos veines. Mais que ce type ait réussi à faire couler le mien hors de mon corps est surtout enrageant. Finalement, je vais peut-être bien lui en mettre une, juste histoire qu’on soit quittes.

Je suis en train de me redresser, le bras droit tendu et prêt à partir, quand il reprend la parole :

- Bon Reprends-toi voyons, si j'arrive à me carapater j'te jure que tu ne me reverras plus jamais.

Je m’immobilise brusquement devant l’absurdité de cette phrase. Je ne peux retenir une expression de surprise incrédule puis elle laisse vite place à un éclat de rire sincèrement amusé. Maintenant je sais pourquoi il m’a fait penser à une femme ! Et pas n’importe laquelle : Cathy Bradford, la fille avec qui j’étais allé au bal de promo. Quelques jours plus tard, elle avait voulu rompre et notre discussion avait un peu ressemblé à celle-ci, avec son alternance de rejets et de tentatives pour me faire la retenir. Parce que si on annonce ce qu’on va faire, c’est bien pour qu’on nous empêche, non ? Sinon, on se contente de le faire. Et puis, il a proposé que je lui passe les menottes. Même en tout bien tout honneur, ce genre de geste, ça créé un lien. Cathy, je l’avais placée devant sa contradiction (ce qu’elle n’avait pas du tout apprécié, sans surprise). Là, je pourrais faire la même chose mais je n’en ai aucune envie. Parce que autant cette attitude d’allumeuse venant de Cathy m’avait fait réaliser que je n’avais rien à faire avec elle, autant venant de ce Dan, elle me donne envie de refermer mes griffes sur lui.

- C’est quoi, cette menace ? Pourquoi ça me ferait de la peine, de plus te revoir ? Je pourrai enfin me promener tranquille sans te croiser à tous les coins de rue. Et ça m’économiserait de la sueur.

C’est un peu risqué. Il pourrait juste me rétorquer que dans ce cas, nous n’avons rien à nous dire et qu’il peut aussi bien s’en aller, et j’aurais l’air con à essayer de le retenir après avoir montré un tel dédain. Mais j’espère que ce côté masochiste qu’il a démontré ne va pas laisser place à la lâcheté.
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MessageSujet: Re: Childish War ∞ Aaron   Dim 11 Juin 2017 - 11:02


Avec cette provocation et ce sourire diablement moqueur, je m'attends à ce qu'il me cogne en retour, si fort que les deux bières stagnant dans mon bide achèveraient de m'éclater au sol, le décor tanguant devant mes prunelles orageuses. Sauf... qu'il ne fait rien de tout ça. Je l'entends rire, mais pas le rire de grand méchant digne des plus grands thrillers, non, il se fend sincèrement la gueule le con, il est en train de se foutre de moi et le pire ? C'est que j'ai aucune idée de pourquoi il se marre comme ça. Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit, hein ? Non mais vas-y accouche, moi aussi je veux rire. Il pourrait être offusqué de l'insolence effarante dont je fais preuve, il pourrait même avoir envie de me tuer après cet affront remarquable que j'ai montré en défonçant sa lèvre inférieure, mais non, il rigole, ce pauvre abruti.
Je fronce les sourcils.

C’est quoi, cette menace ? Pourquoi ça me ferait de la peine, de plus te revoir ? Je pourrai enfin me promener tranquille sans te croiser à tous les coins de rue. Et ça m’économiserait de la sueur.

Et là, je ne comprends plus rien. J'arbore une moue surprise, le regard un peu perdu, fixant cet ingénu comme s'il venait de faire une démo de physique quantique. Q-que-quoi ?! Att-attendez, j'ai loupé un épisode là. J'entrouvre la bouche, m'apprêtant à prononcer quelque chose du genre "ah euh merde en fait", mais me ravise aussitôt, le dévisageant tout en cherchant à comprendre à quoi ça rime. S'il s'en fout de moi, s'il n'a aucun intérêt à être là, devant moi, après une énième course-poursuite... Pourquoi me courir après, justement ?! Je sais pas, j'croyais que... qu'il voulait m'arrêter, ou euh, me péter la gueule, que si je lui filais entre les doigts, ça le ferait rager. Si ? Non ? On m'explique ?

Euh, de la peine, non. Mais ça t'ferais chier, avoue. J'veux dire...

Je frotte ma joue, l'air songeur. Les relations humaines c'pas mon truc, et j'ai beau réfléchir, bah j'comprends pas. Alors je fais une moue de gamin contrit, en cherchant mes mots, annihilant du même coup la tension qui régnait entre nous deux. Limite je lui demanderais de me faire un dessin en m'expliquant la situation v'voyez, parce que ça fait des jours que j'suis pas sorti de ma grotte et que le dernier humain à qui j'ai adressé la parole, c'était la vieille conne du konbini.

Non mais, Steve, tu me coures après depuis des semaines, ça serait con de m'laisser m'en tirer comme ça non ? Ou alors tu voulais juste jouer à chat ?

Oui bon hein, il a une tête à s'appeler Steve. Passons. Est-ce qu'il y a un mode d'emploi quand il s'agit d'interagir avec des bipèdes, mammifères, du type humanoïdes ? Excusez-moi hein mais la seule chose que j'sais faire moi, c'est frapper, insulter, me moquer, provoquer... D'ailleurs ma boutade n'était pas une menace mais une énième provocation, mais comme j'sais pas m'exprimer, pas étonnant qu'il se soit fourvoyé.

Lentement, je le contourne, afin de faire dos à la ruelle et ne plus me sentir piégé entre lui et le mur. Il suffirait d'une impulsion de mes jambes pour que je rejoigne le tumulte d'Uzume, en courant. J'suis partagé entre le fait de dégager vite fait d'ici, parce que j'suis peut-être idiot hein mais pas totalement inconscient, et j'ai pas envie de finir ma vie en prison. Et en même temps là, j'ai envie d'extirper le smartphone de la poche de mon jean, de prendre une jolie photo de Steve, et faire le nécessaire pour le faire disparaître de la surface de la Terre. Après avoir fui, évidemment.

Du coup... J'peux partir ? Et cette fois tu me poursuis pas. Comme ça tu transpireras pas comme un gros porc. S'tu veux j'pourrais même te donner un susucre pour te récompenser de m'avoir attrapé. On fait comme ça ?

Un jour, faudrait vraiment que j'arrête de provoquer les gens. Sauf que je le fais pas exprès. Est-ce qu'il y a des thérapies pour cesser d'être con ? Non parce qu'en vrai, je cherche ouvertement la merde, le danger, la peur. Parce que j'suis une putain de coquille vide et que j'donnerais n'importe quoi pour ressentir quelque chose. Y'a deux minutes j'étais effrayé, troublé, fébrile. Maintenant tout est retombé. J'ai pas envie de l'entendre rire, j'veux qu'il m'intrigue à nouveau, qu'il arrive à m'faire péter un câble comme Jake l'a fait y'a presque trois ans, j'veux une confrontation. Verbale, physique, je m'en tape. Tant que ses poings se fracassant contre mon épiderme peuvent faire exploser la douleur et me donner l'impression d'être vivant ; tant que ses mots fassent bouillir la révolte ou la colère, faisant brûler mes yeux d'un éclat qui briserait mon regard vide.

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MessageSujet: Re: Childish War ∞ Aaron   Dim 11 Juin 2017 - 17:12

Avant de revenir à la discussion sérieuse, je m’autorise encore un dernier signe d’amusement, devant son air ahuri. Il ne comprend rien et je n’ai certainement pas l’intention de l’éclairer. D’abord parce que je déteste m’expliquer, et ensuite parce que moins il comprend, plus il est à ma merci. Il bafouille, incrédule, se gratte le visage comme pour se donner un peu de contenance, m’interroge du regard, mais je le laisse se débattre. Oui, ça me ferait chier que tu te tailles déjà, mais je ne le reconnaîtrai jamais devant toi. Ça te ferait trop plaisir.

Il finit par se reprendre un peu : il tente de me raisonner. Pas forcément la meilleure stratégie, mais ce n’est sans doute qu’une étape, une tentative pour combler le silence. Je ne réagis pas non plus à ce surnom, Steve, qu’il sort de je-ne-sais-où (mais ça me fait penser à Steve Rogers, donc ça me va, tant qu’il ne m’imagine pas en combinaison moulante) ni à ses questions, auxquelles il est toujours trop tôt pour répondre. Qu’il s’enfonce encore un peu, avant.

Sauf qu’il a déjà commencé à ressortir la tête de l’eau. Je n’ai pas saisi que son histoire de jouer à chat, c’était le retour de son côté de mordant, preuve qu’il s’était extrait de l’incompréhension dans laquelle je voulais l’engluer. Il retrouve sa mobilité, il vient me contourner. Mon dernier sourire ayant disparu de mon visage, je pivote sur moi-même pour le suivre du regard. Je pourrais le retenir mais ce serait aller à l’encontre de ce que j’essaie de faire et je veux encore croire que ma stratégie va marcher. Bon, c’est aussi la faute de l’incrédulité, qui a changé de côté, et de la déception de m’être trompé à ce point mais c’est trop vexant de le reconnaître.

- Du coup... J'peux partir ? Et cette fois tu me poursuis pas.

Il croit au Père Noël, lui. J’aimerais répondre, cette fois, évacuer un peu de l’amertume qui me monte à la gorge, mais il enchaîne de suite :

- Comme ça tu transpireras pas comme un gros porc. S'tu veux j'pourrais même te donner un susucre pour te récompenser de m'avoir attrapé. On fait comme ça ?

Sa nouvelle provocation fonctionne. En fait, ce n’est même plus de la provocation : il est passé à l’insulte. Et ça ne passe pas. Ce ne sont pas les mots en eux-mêmes : j’ai eu droit à pire que me faire traiter de porc ou de clébard. Mais venant de lui, ça bloque. C’est comme les coups : je ne veux pas que lui il se rabaisse à ça. Je ne lui ai pas accordé autant d’attention pour que ça se termine aussi bêtement.

J’essaie de contrôler ma voix mais la colère la fait trembler.

- Comme ça, tu veux te défiler ?

Mais je sens vite qu’aucun mot ne suffira à évacuer le grondement qui se soulève en moi. Il est en train de m’échapper, c’est hors de question que ça se termine comme ça. Je ne finirai pas planté comme un con au milieu de cette ruelle pendant que lui se taille en se foutant de moi. Et je lâche prise. En trois pas je suis à sa hauteur. Je le saisis par l’épaule, le tire pour le faire se retourner puis charge pour le plaquer contre le mur de brique derrière lui. Je le maintiens ainsi, mon avant-bras droit contre le haut de son torse, le poing serré. Un peu arcbouté pour appuyer mon poids sur lui, nos visages sont au même niveau et mon regard plonge directement dans le sien.

- Tu croyais vraiment que j’allais te laisser décamper comme ça ? J’ai peut-être joué à chat, ces dernières semaines, mais c’était toi qui jouais la souris. Tu me cherchais, je le sais ; me dis pas que c’était que des coïncidences si je te tombais dessus aussi souvent.

Je m’interromps pour reprendre ma respiration. Nos visages sont si proches que je peux sentir l’odeur de bière dans son haleine.

- Alors quoi ? T’assume pas, finalement ? Trop peur de perdre ?

Je ne pensais pas me rabaisser aux insultes mais c’est lui qui a commencé. Et surtout, j’espère que piquer son amour-propre le fera rester un peu. Le temps que je retrouve mes esprits. Et que je comprenne ce que je lui veux, à ce type. Parce que c’est bien beau de me dire que je « vais me le faire », mais ça veut dire quoi exactement ?
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MessageSujet: Re: Childish War ∞ Aaron   Lun 12 Juin 2017 - 20:34


Steve, c'est un fondant au chocolat.
Bon ok, dit comme ça, ça fait bizarre. J'y reviendrai plus tard.

Là, je pense sincèrement que j'ai une chance, un espoir infime, l'opportunité rêvée d'échapper au commissariat, puis à la prison, et à ces grands messieurs dans les douches communes qui attendent juste une chose : que tu fasses tomber cette foutue savonnette. Parce que c'est pas tant Steve que je crains. Lui et moi, nos courses-poursuites, c'était précisément un jeu, quelque chose d'indescriptible tant l'attraction avait été terriblement naturelle. Des entrevues à distance, un mystère qui plane, qui tracasse, épuise l'esprit qui y songe sans répit. Je n'ai pas peur de lui. Je ne le redoute pas, précisément car je ne sais rien de lui. Ma misanthropie me fout la paix car j'ai le sentiment tacite qu'il n'est pas comme les autres et que, de toute manière, il ne sera jamais plus que ce type intriguant que je compare à un vulgaire gâteau.

Comme ça, tu veux te défiler ?

Me défiler ? Je lui rends service, là. Je disparais. Un tueur à gages face à un policier. Sérieusement... Il s'attendait à ce que je lui propose un verre ? Qu'on aille s'attabler autour d'une binouze bien fraîche en planifiant la prochaine manche de notre petit jeu ? Qui fera le chat la prochaine fois, mh ? Je ne traîne pas avec les flics. Surtout quand ledit flic a l'air aussi cinglé et fourbe que celui-ci. Je l'ai su dès que j'ai croisé son regard ambré pour la première fois ; je reconnais la folie quand je la vois. Ça m'avait d'ailleurs frappé, à tel point que je m'étais figé un moment, perdu dans ses deux billes dorées.

Une main lourde s'aplatit sur mon épaule, avant que, dans la force du mouvement, mon corps n'amorce une dérisoire rotation sur le côté. Dérisoire parce qu'il ne suffit alors que de quelques secondes pour que je sente mes omoplates heurter brutalement le mur. Je grimace, fais taire le grognement de douleur naissant dans ma gorge ; la souffrance explosant dans mes synapses se targuant, avec toute la mesquinerie du monde, de me rappeler que mon dos est maculé de plusieurs hématomes encore récents. Son avant-bras contre mon torse limite mes gestes, et je ne peux que regarder le visage de Steve, d'ailleurs un peu trop près du mien. J'ai donc le réflexe de me coller davantage contre le mur - comme si c'était possible ... -, en prenant soin de soutenir son regard. Quoi qu'il advienne. Question de dignité, non mais ho. Il m'a fait mal en plus, ce con...

Tu croyais vraiment que j’allais te laisser décamper comme ça ? J’ai peut-être joué à chat, ces dernières semaines, mais c’était toi qui jouais la souris. Tu me cherchais, je le sais ; me dis pas que c’était que des coïncidences si je te tombais dessus aussi souvent.

Je ne l'écoute pas vraiment, en fait. Ni sa tirade, ni sa dernière pique acerbe, bien trop occupé à lorgner le sang jonchant son visage. Bataille de regard perdue, du coup. Mais à cet instant, je suis happé par la vision de cette plaie, et de ce rouge qui tapisse le coin de sa lèvre inférieure. J'suis complètement cinglé, il n'empêche que j'ai toujours trouvé ça beau, les ecchymoses. Tout comme ces petites blessures, si superficielles soient-elles ; le sentiment s'intensifie davantage lorsque c'est moi qui les engendre. Et le voir si près, là, me donne l'irrépressible envie d'y goûter, dans une pulsion presque vampirique.

Tu sais que j'ai souvent pensé à toi ?

Je souris, effectuant un effort effroyable pour décrocher mes yeux de ses lèvres et m'aventurer de nouveau dans son regard aux sous-teintes de miel, qui n'a pourtant rien de mielleux. Maintenant, revenons à ce que j'ai dit au début.
Steve, c'est un fondant au chocolat. C'est tentant, au début. Un p'tit truc à se mettre sous la dent alors que t'es au régime, parce que t'es obligé de soulever la graisse de ton bide pour te rendre aux chiottes. Mais bon, tu finis par t'apercevoir que la pâtisserie est rance, et que tu risques la bonne grosse intoxication alimentaire.
Je l'aurais bien titillé davantage, ce Steve. Je n'aurais pas choisi la provocation et le cynisme grotesque, s'il n'avait pas été flic. Mais la distraction bien tentante s'est transformée en danger bien tangible.

Je m'imaginais ce que ça ferait, si mes mains s'enroulaient autour de ton cou, pour tuer ton souffle. J'me demandais si c'était joli à voir, l'effroi sur ton visage. Quelle tronche tu ferais, au seuil de ta mort. Est-ce que tu chialerais, hein ? Tu supplierais ? Tu suffoquerais sous ma poigne ?

Je reste immobile, le toisant d'un air railleur, déblatérant ces mots avec une fascination flippante, la voix songeuse et brûlante. Un peu plus sérieux qu'à l'accoutumée, je relève le menton en une moue orgueilleuse, un sourire monstrueux étirant mes lippes.

Tu m'diras, hein, c'est qu'une question de temps avant que je sache tout ça. J'ai déjà eu droit à ta p'tite colère, après tout.

~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~

mon coeur est passé sous le métro. #384C83 " Je fais ce que je peux. Avec mes silences et le reste. Avec mes peurs de bête. Avec mes cris d'enfant qui ne débordent plus. Je fais ce que je peux. Dans ce petit bain de cruauté et de lumière. Dans les éclats de verres et de mensonge. Dans la délicatesse. Dans la violence du temps qui piétine nos rêves. Dans nos petits pataugements précieux. Un matin après l'autre. Un oubli après l'autre. Un mot sur le suivant. Je fais comme tout le monde. Avec le ciel et sans les dieux."
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MessageSujet: Re: Childish War ∞ Aaron   Jeu 15 Juin 2017 - 18:52

J’ai la nette impression qu’il ne m’a pas écouté. En tout cas, il reste parfaitement impassible. Son absence de colère renforce la mienne, et en même temps, elle me satisfait, en un sens. Ça aurait été tellement simple, presque décevant de déjà trouver son bouton…

Ce que j’appelle le « bouton » de quelqu’un, c’est le point sur lequel il faut appuyer pour lui faire faire ce qu’on veut. Pour certains, il suffit de faire appel à la logique, pour d’autres il faut titiller leur fierté, pour d’autres encore, il faut jouer sur la corde sensible. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours fini par trouver le bouton des gens auxquels je m’intéressais, sans grande difficulté. Avec lui, j’aurais parié sur l’orgueil, mais faut croire que je l’ai mal jugé. Tant pis : je suis loin d’avoir épuisé toutes les possibilités. Je le trouverai. Je me résous à ne pas prendre ce premier échec comme un affront mais comme un défi.

Je dois cependant avouer qu’il m’est difficile de totalement mettre de côté ma vexation devant une telle froideur. Il reste là, collé contre le mur, le menton relevé, la bouche très légèrement entrouverte mais le regard baissé sur mes lèvres. Si l’expression de son visage était un tout petit peu moins méprisante, il aurait pu passer pour un de ces minets qui racolent dans Nichoume. Il en a la froideur, en tout cas : comme eux, son esprit semble voguer au loin alors que son corps est tout proche.  

- Tu sais que j’ai souvent pensé à toi ?

Même ça, ça pourrait être une phrase de gigolo. D’autant qu’il s’est enfin décidé à relever les yeux vers les miens et à détendre un peu ses traits. Je ne lui réponds que d’un petit rire méfiant, attendant d’entendre la suite. Je l’imagine mal ne compter que sur son sourire pour arriver à ses fins.

Et effectivement, ce qui suit est nettement moins aguichant. Limite flippant, faut l’avouer. D’autres m’ont déjà envoyé au visage leur envie de me faire la peau mais je n’y voyais que de la crânerie, une tentative pour cacher la peur que je leur inspirais. Là, pas la moindre trace de cette peur, pas depuis cette fraction de seconde où nos regards se sont croisés à l’improviste. Et puis, c’est plutôt précis… Est-ce que ça signifie qu’il veut vraiment me tuer ? Je n’en suis pas certain pour autant. Sinon, ce serait à lui de me courir après, pas l’inverse. Mais ça traduit quelque chose, une certaine… J’oserais penser « une certaine obsession » ? Quoi qu’il en soit, au-delà de la pointe d’inquiétude que je ne peux totalement réprimer, cette tirade pompeuse provoque en moi une certaine fierté. Tu me veux ? Viens me chercher !

Ses dernières phrases me laissent plus perplexe. Veut-il dire que ma colère est une preuve que j’ai perdu mes moyens et qu’il pourra en profiter ? Que mon impulsivité me perdra ? Je ne peux pas nier que j’ai un peu perdu les pédales, un court instant. Mais s’il croit que c’est comme ça qu’il va m’avoir, c’est qu’il me sous-estime. Je ne suis jamais aussi bon que là où on ne m’attend pas et je dois reconnaître qu’un gars comme ça, c’est une première pour moi.

La première règle, dans une situation comme ça, c’est de ne pas laisser paraître la moindre angoisse. Je vais même plus loin : je relâche la pression contre son torse et m’éloigne de deux pas.

- Tu veux me tuer ? D’accord, dis-je d’un ton amusé. Même si je ne vois pas bien ce que j’ai fait jusqu’à maintenant pour mériter une telle attention…

Je dois me forcer un peu pour paraître détendu mais je pense faire illusion. Je croise les bras et écarte un peu les jambes pour bien me planter face à lui.

- Alors voilà ce que je te propose : je vais te donner de vraies raisons de vouloir me tuer et toi, tu vas me donner des raisons de t’arrêter. Parce que là, pour le moment, pourquoi je te passerais les pinces ? Tu n’es qu’un petit exécutant : si t’es pas dispo pour commettre les meurtres qu’on te demande, tes commanditaires trouveront quelqu’un d’autre. Et je ne suis pas sûr que la prison te fasse réfléchir sur tes actions…

Je lui lance un haussement de sourcils, soulignant cet euphémisme.

- Oh, y’aurait bien cette idée de « justice ». De « Justice », je dirais même, ajouté-je en forçant un peu le ton pour prononcer la majuscule. Mais franchement, les flics qui travaillent pour la Justice, ils ne font pas long feu. On les retrouve vite à l’asile ou au cimetière. Trouve-moi plutôt une raison personnelle de vouloir me débarrasser de toi. Parce que juste ces joggings, finalement, je pourrais y prendre goût.

J’ai bien conscience que je ne lui propose rien de moins qu’un combat à mort. Mais j’ai confiance. Je trouverai son bouton. Je prendrai un malin plaisir à appuyer dessus, mesurant la pression exercée pour jouer avec lui un moment, faire durer le plaisir. Jusqu’à ce que je me lasse.
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MessageSujet: Re: Childish War ∞ Aaron   Jeu 15 Juin 2017 - 20:57


Sourire aliéné, diatribes aux bribes désaxées, il n'en faut pas plus pour être libéré de son emprise. Il recule, et j'en profite pour épousseter rageusement mon sweat, encore une fois peu désireux de subir ainsi sa poigne, son touché, ou bien un quelconque contact physique. S'il avait été plus petit et s'il avait eu une paire de boobs, ainsi qu'autre chose à la place de sa panoplie en trois pièces, peut-être aurais-je davantage apprécié cette proximité. Seule déception cependant, lui et sa jolie blessure s'éloignent de moi, mettant un terme immédiat à mes sordides pulsions vampiriques. Je cille, avec toute la lenteur du monde, glissant une main fébrile dans ma tignasse ébène.

Mine de rien, c'est... épuisant. Je veux dire. Parler, se confronter à l'autre, supporter sa présence. J'ai toujours eu du mal avec les relations sociales et c'est précisément pour cette raison que je me terre dans un silence perdurant plusieurs jours ; et à trop faire d'efforts, ça commence sérieusement à plomber mon énergie. J'ai juste envie de soupirer et lui dire d'aller se faire mettre, qu'il m'a fatigué, que la bière et le kilo de cerises précédemment ingurgitées me donnent juste envie de m'affaler sur un canapé et de ne plus bouger de là jusqu'à la semaine prochaine.

Tu veux me tuer ? Même si je ne vois pas bien ce que j’ai fait jusqu’à maintenant pour mériter une telle attention…

Je suis toujours collé au mur. Malgré mon tempérament blasé et las qui revient au galop, je ne peux pas m'empêcher de faire éclater sur mon faciès l'esquisse d'un sourire amusé. Jake m'a appris que les bras croisés signifiaient le plus souvent une posture défensive. Alors quoi ? J'lui ai fait peur ? Il a vraiment cru à mon baratin ?

S'en suit une longue tirade qui me confirme effectivement que mon petit numéro a fait mouche. Et il parle, parle encore, déblatère une suite de mots qui me fatigue et m'harasse toujours un peu plus, il s'étale, explique et justifie, fait son p'tit monologue sur la Justice en se prenant pour un p'tit sociologue du haut d'son piédestal à deux balles. Moi, je le regarde. Juste... mes yeux, sur sa silhouette, un rire presque nerveux franchissant la barrière de mes lèvres.

J'éclate de rire. Comme ça. Un rire de gamin, quelque chose qui s'approche du vrai Logan, une impulsion terriblement naturelle sur l'instant. Comme un gosse fier de sa blague. Je me fous de sa gueule, de sa manière de se prendre au sérieux, de son orgueil.

Alors déjà. J'ai tué personne. Moi j'allais donner des beignets aux flics tous les matins, hein, alors. J'suis un bon gars.

Ben voyons. Bon ok j'ai tué, mais je ne veux pas le tuer. Ma tirade débile, c'était juste une piètre imitation de Jake. "Tuer ton souffle", c'est typiquement de lui, c'est le despote tout craché ouais. C'pas mon style d'imaginer si distinctement ce genre de trucs, je suis quelqu'un d'impulsif. Je prémédite rarement. Ouais y'a deux minutes j'voulais lui coller une balle dans la tête, simple réflexe pour contrer le danger. Ouais j'ai pensé à lui, mais certainement pas au fait de l'étrangler. Je tue pas quand c'pas nécessaire. Si on me paye pas, j'vais pas bouger mon cul et gaspiller de l'énergie pour buter quelqu'un juste parce que j'en ai envie. J'suis trop blasé pour faire ça.

Non mais, regarde-toi. T'as l'air de t'prendre tellement au sérieux.

Je ricane encore, plein de dédain. Et pourtant, il a raison de se prendre au sérieux. Moi, j'y arrive pas. La preuve, je rigole encore, je prends tout ça à la dérision, je refuse systématiquement de délaisser mes p'tits traits d'esprit à la con. Parce que c'est une manière de me protéger. Que j'ai la trouille quand ça devient sérieux. Alors voilà, tout est un jeu. La vie est un jeu, et Steve est un pion, parce que c'est plus sécurisant, c'est plus rassurant pour moi. Si je meurs, ce sera juste un game over.

Me résigner à agir comme le fait Steve, c'est admettre la gravité de la situation. Il en est hors de question. Laissez-moi me voiler la face encore un peu.

Tu sais quoi ?

Je m'avance vers lui, le poussant à mon tour, les deux paumes contre son torse. Pas question cependant de le plaquer contre un mur, je veux seulement le faire davantage reculer. Lui montrer que j'me ratatine pas, et qu'il ne m'intimide pas le moins du monde. Que s'il lève la main sur moi je lui rendrais chacun de ses coups. Oeil pour oeil dent pour dent.

Si j'veux te tuer, j'le fais. Point. Pas besoin de raison. Franchement. Si vraiment j'voulais t'arracher la peau et te balancer dans un baril, je l'aurais déjà fait. Tu te prends pour qui, sérieusement ? Tu crois que tes monologues vont avoir une quelconque influence sur moi, c'est ça ? Tes mots, tu peux bien te les foutre au cul. Si t'as aucune raison de m'arrêter, fous-moi la paix.

Je soupire. Contrairement à lui, j'ai du mal à m'exprimer. Steve, il est éloquent. Il ponctue ses phrases d'intonations changeantes pour appuyer ses propos. Moi, je balance tout en un flot incohérent, je parle de vouloir le tuer, je lui dis de me foutre la paix, j'ai tellement peu l'habitude d'user de la parole que j'suis dépaysé quand il s'agit de causer posément. Pour dire des conneries j'suis le premier hein, ça c'est certain. J'suis bon qu'à ça de toute façon.

Mais j'ai une excuse : l'impulsivité mêlé à ma méfiance exacerbée. Ce type, j'sais pas ce qu'il me veut. Et ça m'horripile. Je me sens en danger sans savoir pourquoi, et je déteste ce sentiment d'insécurité qui s'empare toujours un peu plus de moi.



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MessageSujet: Re: Childish War ∞ Aaron   Dim 18 Juin 2017 - 22:30

Je pensais vraiment qu’il saisirait cette proposition. Pas avec un grand « Super, faisons ça ! », bien sûr : avec des mots détournés, histoire de faire genre c’est lui qui fixe les règles. Mais là, non, il rejette très clairement cette idée. Finalement, il faut peut-être que je revois toutes mes bases. Je le rangeais dans la catégorie des « délinquants de rue », les gros durs, les vrais, qui marchent à l’honneur et à l’adrénaline. Proposez-leur un défi, ils sauteront dessus. Au besoin, faites des sous-entendus discourtois sur leur virilité, ça marche à tous les coups (mais ça les fout en rogne). Lui, jusqu’à présent, il a évité toutes les confrontations que je lui proposais. Il repousse même celle-ci assez directement.

Il éclate de rire. Prétend que c’était une blague. J’ai du mal à le croire. Au-delà du fait que les beignets, c’est un peu gros, il ne me fera pas croire que tous les soupçons qui pèsent sur lui ne sont que des erreurs. Pourtant, j’entre un peu dans son jeu. À son histoire de « bon gars », je lui lance un regard dubitatif, un sourcil haussé, genre « Ben voyons… » Quand il commence à s’en prendre à moi directement, ricanant toujours, je lance sur le ton de la plaisanterie :

- Si je me prends pas au sérieux, qui le fera ?

Une bonne question, en un sens, mais nous ne sommes pas là pour philosopher.

Sauf que bien vite, nous n’en sommes plus ni à la philo ni aux blagues. Un geste, plein de défi : je recule de deux pas sous sa poussée mais ne réagit pas immédiatement. Cette fois, la menace de mort sonne creuse. Irréfutable et qui n’engage à rien : allez prouver qu’il veut me tuer mais ne mets pas ses menaces à exécution. Ses mots eux-mêmes me déçoivent mais ce revirement, cette soudaine perte d’éloquence est une nouvelle étrangeté à ajouter à son CV.

- Donc si je comprends bien, si je suis en vie, c’est grâce à ta bonté d’âme, hein ?

Mauvaise approche, sans doute. Cette phrase, c’est celle que je sors à chaque fois que j’entends une variante de « Si je le voulais, je t’aurais déjà buté ! ». J’ai déjà entendu ça tellement de fois que c’est devenu un réflexe. J’adore voir les airs ahuris des petits délinquants complètement soufflés par une logique aussi basique. Mais en fait, pour lui, il vaudrait sans doute mieux laisser tomber.

Laisser tomber la logique, je veux dire, ainsi que mes tentatives pour provoquer une réaction de sa part. Je ne vais certainement pas le laisser tomber lui, en tout cas pas avant d’avoir trouvé ce fameux bouton et de m’être amusé avec. Je n’ai jamais échoué, je ne vais pas commencer avec lui. Il a voulu jouer, il assume. Faut juste changer de tactique. Passer à quelque chose de plus unidirectionnel.

Au moment où je vais passer au plan B (ou C, voire D… je n’ai pas compté combien de fois j’ai changé mon fusil d’épaule, au cours de ce face-à-face), mon talkie-walkie se met à grésiller et la voix de mon partenaire en sort :

- Péhine !

Je lève les yeux au ciel, atterré à la fois d'être interrompu aussi bêtement en un instant critique et d'entendre mon nom ainsi déformé. Mais en anglais, il ne faut pas trop en demander à Kudo.

- Où es-tu ? Tu as besoin de renforts ?

En bon japonais, Kudo laisse son ton en dire plus que ses mots. Là, ses questions sonnent plutôt comme : « Qu’est-ce que tu fous, bon sang ?! ». Je prends très lentement mon talkie et l’approche de mon visage sans cesser de fixer Dan du regard, comme pour l’inviter à bien écouter ce que je vais dire. Je pourrais réclamer à ce qu’on boucle le quartier, qu’on vienne me prêter main-forte, donner de lui une description précise, et ainsi finir de foutre en l’air sa petite soirée. Il serait sans doute assez malin pour s’en sortir mais ce ne serait pas sans peine.  

- Tout se passe bien, réponds-je enfin, sur un ton plus proche du « Fous-moi la paix ! » Je te rejoins très vite.

Et sur ce, j’éteins mon talkie. J’en soupire d’aise :

- Bien. Un importun d’écarté. Maintenant…

J’en reviens à celui qui m’intéresse vraiment, ce soir. Je franchis sans me presser le mètre qui nous sépare, les yeux plantés dans les siens et l’air dur. Je me plante juste devant lui, reste immobile une fraction de seconde puis, brusquement, le saisis par le col. Son sweat est tellement large que je peux soulever l’encolure jusqu’à ses joues sans déstabiliser son corps. De toute façon, vu sa taille, ce n’était pas comme si je pouvais espérer le soulever bien haut. Mais un tel geste, ça souligne quand même mon propos. Pour terminer le tableau, je ne parle qu’en grognant à travers mes dents serrées :

- Des raisons de t’arrêter, y’en a si je le dis, petit prétentieux. Mais ne crois pas que ça veut dire que je vais me jeter sur toi. Je ne veux pas juste te voir derrière les barreaux : je veux que tu me craignes, que tu penses à moi constamment en te demandant si aujourd’hui n’est pas le jour où je vais te tomber dessus. Pendant que tu feras tes courses, que tu seras sorti prendre une bière, que tu seras au lit avec une pute : je viendrai te chercher quand je l’aurai décidé. Et parce que je l’aurai décidé.

C’est fini, mon grand : tu n’as plus le choix. Tant que je te le laissais, tu profitais des échappatoires que je te laissais pour m’éviter. Là, je t’impose mon pas. Comment tu vas réagir à ça, hein ?
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MessageSujet: Re: Childish War ∞ Aaron   Mer 21 Juin 2017 - 20:51


C'est chiant, un peu. J'veux dire, tu sais, cette incapacité à exprimer correctement mes pensées. Genre... Bah, là. J'ai du mal. Des difficultés récurrentes lorsqu'il s'agit d'exposer mes idées et surtout de les expliquer. Ça part dans tous les sens, les mots se mélangent insidieusement dans ma tête et je trébuche sur les syllabes. Pas l'habitude de parler. Pas l'habitude d'extérioriser. Va demander à un rocher dégueulasse de s'mettre à briller comme un joyau. C'pas possible. Mais il m'enrage, lui et son aisance lyrique, Môsieur parfait dans toute sa splendeur face à ma piètre personne.

J'ai envie de le broyer, là.

Donc si je comprends bien, si je suis en vie, c’est grâce à ta bonté d’âme, hein ?

Ou bien t'es en vie parce que j'en ai juste rien à foutre de ton existence, mh ? J'aurais pu lui rétorquer quelque chose de ce genre mais, fidèle à moi-même, je reste silencieux. Trop taciturne. C'est crevant de parler, si tu savais. J'préfère juste qu'on me foute la paix. Sauf que les merdes adorent s'accumuler figure-toi. Un grésillement se fait entendre, c'est l'appareil de Steve qui s'invite dans la tourmente. Une voix, j'ai du mal à comprendre immédiatement ce qui est dit car mon petit cerveau s'était jusque-là bien accoutumé à mon anglais maternel. En revanche, ce que je comprends tout de suite, c'est que si cet enfoiré crache le morceau et décide de ramener ses copains ici... Pas besoin d'te faire un dessin hein, j'suis dans la merde. Alors je le transperce d'un regard méfiant, prêt à décamper dans la seconde qui suit, les pieds déjà bien ancrés contre le sol pour préparer mon impulsion fatidique, me conférant la puissance nécessaire pour le laisser en plan instantanément.

Tout se passe bien. Je te rejoins très vite.

Et nous soupirons en même temps. Moi, de soulagement. Je reste pourtant planté là, ignorant ce que ce type veut de moi. Il me course avec acharnement mais ne veut pas m'arrêter, sous-entend que j'peux me casser d'ici mais réveille la douleur de mes hématomes en me plaquant contre le mur. J'comprends pas. Là encore, il s'approche, avec son p'tit air de méchant garçon qui ne m'impressionne pas le moins du monde. Par contre, ce qu'il fait ensuite me donne d'irrépressibles envies de meurtre.

Ce connard, que dis-je, cette raclure de fonds de chiottes m'empoigne par le col. C'est la troisième fois qu'il me touche et cette manie récalcitrante commence sérieusement à me casser les couilles. Moi j'le plaque pas contre le mur et j'suis pas là à tâter les courbes de son menton bordel de merde, qu'il garde ses mains pleines de doigts loin de moi ! Je serre les poings. On se calme. On. Se. Calme. J'vais juste lui arracher la tête dans deux minutes mais à part ça tout va bien, je t'assure. Ma respiration se fait fébrile. Et sa tirade ne fait que renforcer le ressentiment brûlant qui me lacère la poitrine.

Je ne peux m'empêcher de le dévisager avec étonnement, ne cachant pas une seule seconde mon air abasourdi. Il a gagné : je le hais. Je sais, maintenant, pourquoi j'le fuyais. À cette distance, sans le moindre contact, sans même effleurer sa cognition, tout ça me permettait de ne pas haïr. Il m'intriguait, mais ma misanthropie ne le considérait pas comme tous ces autres déchets. Mais là.

Là. J'prends conscience qu'il est comme tous les autres, et qu'il ne vaut pas mieux que ce Yakuza à la con qui a essayé d'me tuer, et à cause de qui j'me suis presque vidé de mon sang à Inazami. Il ne vaut pas plus que ceux qui m'ont poignardé, drogué puis tabassé, affichant ouvertement leur désir sordide d'me détruire alors que mon seul crime a été de croiser leurs regards. Bande de cons. Bande de sales chiens. Je suis déçu, en colère, et ma misanthropie m'ordonne de tuer ce Steve minable, ici et maintenant, dans cette ruelle lugubre et sinistre. Je suis dégoûté. Je... J'arrive même pas à dire quoi que ce soit. Y'a même pas une p'tite pique acerbe qui s'extirpe de l'écrin de mes lèvres. Même pas un " Lol, tu veux que je pense à toi, t'as un manque affectif ? " ou même un " pourquoi moi en fait ? ". Rien. Juste le dégoût abyssal dans mon regard.

Ne me touche pas.

J'attrape brutalement le poignet qui retient le tissu de mon sweat, le repoussant avec une hargne nerveuse. Je ne rigole plus du tout, là. La seule chose que j'ai envie de faire à ce moment précis, c'est de me laisser envahir par ce sentiment coutumier, de juste contempler l'émotion qui surgit, la haine qui déferle, et de frapper. Frapper. Frapper encore. Sa tête, contre le bitume. Sa tête, sous ma ranger. La colère m'étreint, compresse toujours un peu plus ma poitrine mais c'est une colère froide qui tonne, grondant au fond de moi. Le pire, c'est que ma haine et mon courroux ne sont pas dirigés vers cette petite merde parce qu'il menace d'me foutre en taule. Juste le fait qu'il se jette tout seul dans cette mélasse d'humains suffit pour le détester au même titre que tous les autres.

Tu veux me pourrir la vie, hein. Moi j'vais écourter la tienne.

Et je me jette sur lui. De toute ma force, de tout mon poids, de toute ma hargne, je le jette sur le sol poisseux de la ruelle, espérant que sa tête roule sur le bitume, emporté par l'impact du choc. Au-dessus de lui, le regard meurtrier, je touche sa peau pour la première fois, étreignant vigoureusement son cou. Mes mains se serrent autour de celui-ci, ma poigne funeste se referme, impétueuse, et je veux si ardemment le voir mourir à cet instant que mes ongles se plantent férocement dans sa chair, dans un élan sauvage. Impulsif, impulsif. Encore un accès de colère. Je vois trouble, je brûle. Si son torse n'était pas épargné par une protection, je lui aurais explosé l'estomac. J'aurais envoyé mon pied en plein dans son plexus solaire, comme si je shootais dans un ballon de foot.

Une douce strangulation, une lente agonie. Et ma raison ? Partie.

Maintenant, fais-moi le plaisir de mourir.

Je vous hais.

~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~

mon coeur est passé sous le métro. #384C83 " Je fais ce que je peux. Avec mes silences et le reste. Avec mes peurs de bête. Avec mes cris d'enfant qui ne débordent plus. Je fais ce que je peux. Dans ce petit bain de cruauté et de lumière. Dans les éclats de verres et de mensonge. Dans la délicatesse. Dans la violence du temps qui piétine nos rêves. Dans nos petits pataugements précieux. Un matin après l'autre. Un oubli après l'autre. Un mot sur le suivant. Je fais comme tout le monde. Avec le ciel et sans les dieux."
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MessageSujet: Re: Childish War ∞ Aaron   Dim 25 Juin 2017 - 9:48

Enfin, je l’ai trouvé, ce fameux bouton. La surprise qu’il affiche une nouvelle fois prouve que ma réplique n’était pas celle qu’il attendait mais la rage que je sens monter en lui, dans la tension de son corps, dans son regard, dans la grimace de son visage, est, elle, un aveu de perte de contrôle. Plus de provocation ni de calculs dans ces yeux sombres : la colère qu’il avait jusque-là contenue et dirigée vient de briser ses chaînes. À mon tour d’en prendre les rênes.

Je suis tellement satisfait de cette découverte que j’en oublie presque ma situation : je suis bel et bien face à un criminel que j’ai volontairement mis hors de lui. Je peux me féliciter d’entrevoir les ficelles qui vont me permettre de jouer avec lui comme je le veux mais je ne devrais pas relâcher mon attention comme ça. Sauf que j’aime savourer mes victoires. Il m’a cédé, enfin. Je ressens la satisfaction du chasseur qui tient sa proie entre ses mains après des heures de course-poursuite effrénée – et surtout, à l’issue incertaine. C’était ça le vrai piment de l’affaire. L’incertitude avait atteint un tel point que même à présent que la partie est gagnée, je ne me sens pas près de me lasser de lui. Il va continuer à se débattre, sauf que j’ai un net avantage et je ne compte pas le laisser me filer entre les doigts.

- Tu veux me pourrir la vie, hein. Moi j'vais écourter la tienne.

Cette fois, quand même, je saisis la menace. Son coup de poing m’a servi de leçon. Un peu, en tout cas. J’ai le temps de me préparer à l’attaque mais ça ne suffit pas. Je suis trop lent, ou alors je le sous-estime : ça fait un bail que je n’en suis pas venu aux mains avec un type de sa carrure, faut dire. Alors voilà : il se jette contre moi et je me retrouve le cul à terre. Le cul, puis le dos, puis la tête. Mon crâne cogne le bitume. Nouvelle secousse, plus forte et plus longue encore que celle après le coup de poing. Je vois des étoiles. Quand je peux de nouveau comprendre où je suis, il est à califourchon sur moi et a passé ses mains autour de mon cou. Il serre, et ce n’est pas de la blague.

Là, un interrupteur est activé, quelque part dans mon cerveau. J’oublie qui il est, ma volonté de ne pas en venir aux mains, de ne pas nous rabaisser à ça… Tout ce que je sais, c’est qu’il faut que je sauve ma putain de vie. Je lance mon poing droit, à l’aveugle. Mes premiers coups ratent leur cible, l’effleurent à peine, puis les suivants portent de mieux en mieux. Je me mets à marteler le côté de son torse et de son abdomen. En même temps, ma main gauche tâtonne le long de son bras, remonte jusqu’à son épaule puis jusqu’à son visage. Les yeux ! Il faut viser les yeux ! Sauf que mon premier réflexe reste de frapper et difficile de coordonner mes deux mains à la fois, alors je ne sais pas trop où sont mes doigts. C’est son oreille, ça ?

Et pendant que mon corps agit tout seul pour se sortir de ce merdier, une pensée incongrue fait son apparition dans un recoin de mon esprit en perdition : ça, c’est le gars que je voulais voir. Je ne me suis pas trompé sur lui, il sera beaucoup plus intéressant que les larves amorphes ou butées que j’ai croisées jusqu’à présent. Elles, j’avais l’impression d’en faire le tour d’un regard alors que lui, il recèle quelques surprises de taille. Je crois qu’un sourire se dessine même sur mon visage, il va me croire fou.

Là, c’est théoriquement le moment où on voit sa vie défiler devant ses yeux, paraît-il. Sauf que je n’ai aucune envie de croiser mon père ou ma blondasse de belle-doche. À défaut, je pourrais peut-être avoir un dernier éclair de lucidité, histoire de réfléchir à mes actions passées et de rencontrer mon créateur le cœur à peu près pur. Ça, en réalité, il y a une petite partie de moi qui le fait constamment. Je n’ai juste aucune envie de l’écouter, alors je l’enfouis très, très profondément. Je sais que voir les hommes comme des marionnettes, c’est réducteur – mais ceux dont j’ai voulu me servir jusqu’à présent ne valait pas beaucoup mieux, donc c’est normal que je n’y pense pas. Je sais que je devrais me demander si c’est moral ou pas d’agir ainsi. Enfin, ça, je me le suis déjà demandé et j’ai décidé que si je pouvais le faire, à fortiori si mes victimes elles-mêmes me laissent faire, ce serait plus immoral encore d’avoir des réticences. Disons plutôt que je devrais peut-être revoir cette réponse – mais là encore, je n’ai jamais été détrompé, donc pas la peine de se prendre la tête pour rien. Ou encore, pourquoi j’agis ainsi ? Là, on aborde les questions tout de suite dérangeantes, alors on va garder ça bien planqué au fond d’un tiroir, hein ?

L’hypoxie commence à se faire sentir. Je me mets à flotter, mes gestes sont de plus en plus désordonnés. Je ne sais pas quelle partie de mon esprit peut réussir à philosopher ainsi sur ma situation. Ma conscience est incapable d’une telle présence d’esprit, elle est en train de fondre complètement. Je ne peux réellement penser à rien. Mon âme serait déjà sortie de mon corps, me regarderait mourir ? Ce doit être un drôle de tableau : moi, allongé par terre, sur le sol crasseux d’une allée sentant le vomi et la pisse de chat, enjambé et étranglé par un mec débraillé. Hors de question que ça se passe comme ça ! Mais mes coups s’affaiblissent et je n’arrive pas à penser à une parade efficace.

Et tout à coup, la pression se relâche. Pourquoi exactement, je n’en sais rien et je m’en fous. Mon corps saisit l’occasion avant même que mon esprit ait repéré l’ouverture. Penché en avant mais n’ayant plus mon cou pour lui servir de point d’appui, Dan est en équilibre précaire. Ma main gauche agrippe son sweat pour le tirer au sol tandis que la droite décoche un dernier coup puis le pousse. La seconde suivante, les positions sont inversées : c’est moi qui suis au-dessus de lui.

Je le tiens, ce salaud. Il a voulu me tuer, il a cru pouvoir s’octroyer ce droit ?! Je lui envoie mes poings dans la figure pour lui faire passer cette envie. Quatre, peut-être cinq fois, je ne sais pas trop. Mon âme n’a pas encore dû réintégrer mon corps. Parce que là, je ne me souviens toujours pas de qui il est et de pourquoi je ne lui ai pas mis une raclée plus tôt. Tout ce que je sais, c’est qu’il a voulu m’envoyer ad patres et que pour la première fois depuis très, très longtemps, j’ai eu peur. Je ne l’avouerai jamais à haute voix, je n’accepterai jamais de le reconnaître et je préférerai croire que j’ai gardé le contrôle tout le long de cette empoignade. Pourtant, cette fameuse petite partie de moi profondément enfouie sait que j’ai flippé comme un gosse et il faut que quelqu’un paie pour avoir eu l’arrogance de m’imposer ce sentiment.

Petit à petit, je retrouve mes esprits. Les chandelles qui dansaient devant mes yeux s’estompent. Le sang, battant le long de mes carotides, réapprovisionne mon cerveau en oxygène. Mon âme doit juger que j’ai fait assez de dégâts comme ça parce qu’elle se décide à rentrer dans ses pénates et permet à ma raison de reprendre le dessus. Mes coups s’interrompent mais je ne reste pas les bras ballants : pas envie de subir le renversement de situation que je viens de lui imposer. Alors j’attrape ses poignets et les plaque par terre, de chaque côté de sa tête. J’accroche son regard avant de parler, d’un timbre inhabituellement rauque :

- C’est pas ta vie que je veux pourrir : c’est ton esprit que je veux empoisonner.

« Comme tu as empoisonné le mien », complète une petite voix intérieure.
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MessageSujet: Re: Childish War ∞ Aaron   Mar 27 Juin 2017 - 19:51


Pulsion destructrice. Mouvements mécaniques. J'empoigne, je serre, je m'empare du souffle et extirpe la raison d'un corps sous mon joug. Je lui impose ma haine et la lui jette à la gueule, persuadé que ce connard l'a bien cherché, à me titiller comme ça. Quelle risible humanité. Tous pareils, dans leurs vices les plus grotesques ; désir de puissance, de pouvoir ou d'annihilation, tous perdus et tous foutus. Steve, comme tous les autres. Je ne vois rien d'autre en lui, définitivement rien à cet instant, qui le détache de ces autres déchets mortifères peuplant cette terre. Il me répugne si viscéralement que je serre, je serre toujours un peu plus fort ; ma raison est morte et ma colère la piétine rageusement.

Je comprends pas. Je sais pas c'que je lui ai fait, à ce tocard, pour susciter chez lui ce désir si vibrant de destruction. Mais tu sais quoi ? Je m'en fous royalement. Mes pensées se taisent et il n'y a que l'impulsion de mon corps crispé qui agit, dirigé par ma haine, pour que cette enflure disparaisse. Je contrôle plus rien, la seule chose que je veux, là, c'est le voir crever la bouche ouverte pour lui faire payer ses mimiques hautaines et ses affronts récalcitrants. Mon esprit se trouble, je ne fais même pas attention aux piètres tentatives de Steve, étalé sur le sol miteux de cette ruelle, de se débattre. C'est vain. Il va mourir. Il est mort. J'ai envie d'éclater de rire, dans un frissonnement démentiel, tellement c'est grisant.

Pourtant, des pas précipités me tirent de ma folie sourde. Je cille, reprends conscience de ma respiration, des bruits environnants qui nous entourent. J'entends des éclats de voix, et je saisis très vite que les flics ne sont pas loin du tout, sûrement en train de courir après des junkies complètement défoncés. C'est le moment où j'me dis que je suis dans la merde. Ma poigne se fait moins tenace et je comprends trop tard que cet instant d'égarement me coûtera très cher.

Je me sens tiré, puis poussé. Le moment d'après, mon dos heurte le sol sans que je ne comprenne quoi que ce soit de ce qui se passe. Mon sweat colle au bitume, soudainement imprégné par la saleté poisseuse qui stagne dans une mélasse nauséabonde. J'ai juste le temps de tirer mes traits en une grimace répugnée, avant de sentir les coups pleuvoir sur mon malheureux faciès. Impact, impact. La douleur explose, réanimant instantanément la colère dont les brumes s'étaient dissipées le temps d'un instant. Je sens un goût métallique envahir ma bouche, ma tempe qui me lance affreusement et je sais d'avance que ma face sera bariolée de quelques élégants hématomes, si tant est que Monsieur daigne me laisser en vie, bien évidemment. Peu m'importe, franchement.

Sonné, je mets quelques secondes pour reprendre mes esprits. Quelques secondes qui permettent à Steve de m'immobiliser, étreignant mes poignets pour les maintenir solidement contre le sol. Ma respiration est désordonnée, malmenée par la douleur qui tonne et brûle, désorganisée par le déferlement pugnace d'une colère effarante, toujours présente. S'il me lâche, je le tue.

C’est pas ta vie que je veux pourrir : c’est ton esprit que je veux empoisonner.

Je ne l'écoute pas ; ou plutôt, je ne l'entends qu'à moitié. Ses mots rebondissent contre ma conscience absente, dans ma tête flottent des tourbillons de pensées décousues ; j'arrive pas à me calmer.

Va bien te faire mettre !

J'ai gueulé. En plus de ne servir strictement à rien, ma tirade a sans doute attiré l'attention des poulets. Super. Calme-toi, bon sang... J'ai au moins le mérite, dans ma connerie abyssale, de ne pas me débattre. Ça lui ferait trop plaisir. Et puis c'est quoi encore que ce plan foireux ? "Empoisonner mon esprit" ? Non mais pas besoin, c'est déjà fait, t'es pas le premier à vouloir me piétiner. Connard. Je vous jure, je veux lui arracher la tête et l'entendre hurler. Je fulmine, le regard meurtrier, et cette attitude se rapproche plus de la bestialité que de l'humanité. Voilà peut-être ce qui justifie ma misanthropie exacerbée. Oh si vous saviez. Si vous saviez à quel point vous me dégoûtez.

J'inspire, fébrilement. Mes paupières s'abaissent, je vire le visage de cette enflure imprimée dans ma psyché pour trouver, dans les ruines de ma (dé)raison, une once de calme. Mes incisives viennent chercher ma lèvre inférieure, ensanglantée à sa commissure. J'expire.

Une vie pourrie ou un esprit empoisonné, c'est du pareil au même. C'quoi ton problème ? Pourquoi tu fais ça ?

Ma voix gronde, menaçante, tandis que je darde de nouveau mon regard sur lui. Mes envies de meurtre sont toujours présentes et je guette la moindre ouverture pour lui sauter à la gorge et lui éclater la tête à coups de pied. Quand on me cherche, faut pas se plaindre de venir m'trouver. Je lâcherai pas l'affaire, pas avant qu'il soit six pieds sous terre.

~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~♦~

mon coeur est passé sous le métro. #384C83 " Je fais ce que je peux. Avec mes silences et le reste. Avec mes peurs de bête. Avec mes cris d'enfant qui ne débordent plus. Je fais ce que je peux. Dans ce petit bain de cruauté et de lumière. Dans les éclats de verres et de mensonge. Dans la délicatesse. Dans la violence du temps qui piétine nos rêves. Dans nos petits pataugements précieux. Un matin après l'autre. Un oubli après l'autre. Un mot sur le suivant. Je fais comme tout le monde. Avec le ciel et sans les dieux."
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